Origines et évolutions de la Gestalt-thérapie

Origines et évolution de la Gestalt-thérapie

Le fondateur premier de la Gestalt-thérapie

Fritz Perls est l’initiateur de la Gestalt-thérapie. Il est né à Berlin le 08 juillet 1893 et décédé le 14 mars 1970 à Chicago. Il épousa Laura Posner en 1929.

Fils d’un négociant du ghetto juif de Berlin, Friedrich Perls (Fritz) a en poche un doctorat de neuro psychiatre à l’âge de 27 ans. Il subira auparavant les affres de la première guerre mondiale en s’engageant comme infirmier volontaire au front dans la Croix rouge.

Il entame ensuite une première psychanalyse et en fera trois autres dont la dernière avec Wilhelm Reich, précurseur de la bioénergie, avant de fuir en 1933 l’Allemagne nazie pour s’installer en Afrique du Sud. Il fonde, avec sa femme Laura Perls le premier Institut de Psychanalyse dans ce pays.

En 1942, devenu un psychanalyste de renom, il publie son premier ouvrage, « le Moi, la Faim et l’Agressivité » qui critique et révise les théories de Freud. Ce livre amorce la rupture avec ses collègues et la communauté psychanalytique internationale.

Il abandonne sa riche clientèle et sa vie confortable, afin d’émigrer aux États-Unis, en 1946. Il fréquente les intellectuels de la nouvelle vague comme Karen Horney et Erich Fromm, connus pour leur approche existentielle.

En 1951, il publie, en collaboration avec un groupe de pairs, notamment Paul Goodman, Ralph Hefferline le livre fondateur « Gestalt Therapy ».

Perls et ses proches collaborateurs donnent naissance au premier Institut de Gestalt de New York en 1952, qui sera suivi de près par celui de Cléveland.

Vers les années 1960, Perls, toujours en recherche de nouveauté, s’installe à Esalem, un centre nouvellement crée dans la mouvance du Développement du Potentiel Humain. Passant de la Gestalt individuelle à la Gestalt en groupe, Ses ateliers spectaculaires vont attirer une grande audience et la Gestalt thérapie va connaitre un essor considérable. Hélas, en délaissant toute théorisation sur la fin de sa vie, Perls va perdre une certaine crédibilité auprès des penseurs en Sciences Humaines.

Il achète un vieux motel de pêcheurs sur l’île de Vancouver, au bord de la côte ouest du Canada et s’y installe avec quelques fidèles disciples. Tout le monde partage son temps entre psychothérapie, formation et travail collectif.

Au retour d’un dernier voyage en Europe, il meurt en mars 1970, d’une crise cardiaque, terminant ainsi un long parcours, totalement atypique.

L’apport de Laura Perls à la Gestalt-thérapie

Laura Posner (future épouse de Perls) est née le 15 août 1905 à Pforzheim, en Allemagne, au nord de la Forêt Noire, elle décède en 1990.

En 1923, Laura entreprend des études de droit à Francfort avant de s’orienter vers la philosophie et la psychologie (1926). Elle étudie Sören Kierkegaard, Max Wertheimer, Edmund Husserl, Max Scheler, Martin Heidegger, travaille avec Kurt Goldstein et Adhemar Gelb qui supervise sa thèse de Docteur en Gestalt-Psychologie. Elle a comme enseignant Martin Buber et Paul Tillich qu’elle retrouva aux Etats-Unis.

Laura Posner suit une analyse avec Karl Landauer, après un bref passage chez Clara Happel qui, partant à Hambourg, interrompt la cure. Elle étudie à l’Institut Psychanalytique de Francfort où elle a comme professeur Frieda Fromm-Reichman et Heinrich Meng.

En 1925, elle rencontre F. Perls, alors assistant de Kurt Goldstein, et l’épouse en 1929.

En 1931, elle commence sa pratique analytique sous le contrôle de Otto Fenichel. Tous appartiennent plus ou moins à ce qui fut appelé la « gauche freudienne ».

Deux enfants naissent de son union avec Perls : une fille, Renate (1931) et un fils, Steve (1935). Dans le couple, c’est elle qui est rompue aux concepts de la Gestalt-théorie auxquels elle a été formée avant de l’être à la psychanalyse. Laura est reconnue comme une co-fondatrice de la Gestalt-thérapie. Elle a largement participé à sa conception, son développement théorique et à son enseignement. Laura sera très appréciée de ses élèves. Ses conférences et ateliers sont rassemblés dans un recueil « Laura Perls, Vivre à la frontière »

(2eme édition en 2001 à l’Exprimerie)

Le troisième fondateur

Paul Goodman, né à New York en 1911, décédé en 1972.

Enfant, il est élevé dans l’ambiance d’une communauté intellectuelle et artistique juive (Greenwich Village) par sa mère, ses tantes et sa sœur Alice, de dix ans son aînée.

Universitaire, ayant une solide culture philosophique et sociologique, critique littéraire, écrivain accompli, sa production littéraire est très variée : poèmes, essais, romans, pièces de théâtre… Il est également militant anarchiste et libertaire, individualiste et pacifiste, refusant tout esprit de système et faisant le choix systématique de l’action non violente.

Il s’engage dans la contre-culture politique dès les années 30, rejette l’éducation qui brime la créativité des enfants, critique toutes les structures politiques qu’elles soient étatiques ou révolutionnaires, lutte contre le fascisme et la guerre au Vietnam, combat pour la liberté sexuelle, et prône une vie harmonieuse, ici et maintenant. Les pensées libertaires de Paul Goodman trouveront un écho favorable dans la naissance du courant de la psychologie humaniste. Il rencontre Perls dès son arrivée sur le sol Américain en 1947 et va faire partie des membres fondateurs où sa collaboration sera particulièrement appréciée.

En 1951, il donne une assise théorique cohérente aux intuitions de Perls, en co-rédigeant avec Fritz Perls et Ralph Hefferline, le livre princeps « Gestalt-thérapie, excitation et croissance ».

En 1952, le couple Perls et quelques autres, dont Paul Goodman, créent le premier Institut de Gestalt-thérapie « Gestalt Institute of New York ».

Il va ensuite se consacrer pleinement à ses créations littéraires. Il inspire, entres autres, l’écrivain Susan Sontag qui écrira «  Goodman était notre Sartre, il était notre Cocteau » Il décède deux ans après Perls en 1972.

Parmi les plus fidèles collaborateurs de ces trois fondateurs, citons Isadore From (1919-1994) dont l’influence dans la formation et la supervision des premiers gestalt-thérapeutes, tant aux Etats Unis qu’en Europe, a été essentielle pour l’essor de la GT. Son engagement aura duré près de quarante ans.